La leçon du rat et du moineau

Quand j’étais jeune, il y avait une tradition dans mon village qui pourrait en choquer plus d’un : la chasse aux souris.

Pour endiguer la prolifération des rongeurs, nos ancêtres s’étaient promis de rémunérer toutes les queues de souris, rats, mulots ou taupes récoltées par les citoyens.

On mettait des petits pièges dans les caves ou autour des murs des maisons afin d’attraper les nuisibles puis on leur coupait l’appendice !

Oui, je sais, j’ai eu une enfance très campagnarde.

Les autorités locales versaient ensuite une somme modique pour le petit bocal qu’on leur ramenait avec les (pas si) précieuses queues de souris. Cette tradition a perduré malgré l’inutilité actuelle de la mesure.

J’ai entendu que d’autres régions ont la même politique… mais ça reste très marginal.

Pourtant, une nation lointaine a appliqué cette mesure à beaucoup plus large échelle.

Lorsque Mao part à la chasse aux nuisibles

 

Une des premières campagnes lancées lors du dévastateur Grand Bond en avant de Mao (1958) était la « campagne des quatre nuisibles » (ou Chú Sì Hài Yùndòng).

L’objectif était d’éradiquer les rats, mouches, moustiques et les moineaux.

 

Les bureaucrates du parti avaient calculé qu’une production astronomique était gaspillée en raison des maladies transmises ainsi que de la nourriture mangée par ces nuisibles : il fallait donc les éliminer !

Le gouvernement a donc mis en place une quantité d’incitatifs auprès de ses citoyens afin de les pousser à exterminer ces nuisibles :

  • Pour les insectes : distribution de DDT, notamment aux enfants dans les écoles
  • Pour les moineaux : de larges battues collectives sont organisées pour les exterminer
  • Pour les rats : on remet une prime par rat capturé

Les conséquences furent si grave que cette campagne est aujourd’hui un cas d’école.

Le premier effet secondaire qui se manifesta suite à la mort des moineaux fut le ravage des champs céréaliers par les insectes. Car oui, les moineaux ne font pas que manger les céréales des paysans mais sont avant tout des insectivores.

Quant aux rats, les autorités furent ruinées par les primes des « chasseurs de rats » alors que les rats continuaient à proliférer dans toutes les villes.

La raison était que les citoyens s’étaient mis à élever des rats dans leurs maisons pour s’assurer un revenu fixe.

Résultat les rats continuèrent à proliférer et les finances publiques furent ruinées.

Malheureusement, les apparatchiks de Mao n’étaient pas de très bons économistes !

Nous en savons si peu…

 

Il y a une grande leçon à tirer de cet épisode : nous ignorons trop souvent la complexité du monde qui nous entoure.

C’est le sacerdoce du véritable économiste que de propager cette bonne parole et de dire haut et fort que nous ne pouvons pas jouer à Dieu à chaque fois que nous avons un problème.

Les plus grandes catastrophes humaines ont été crées par des gouvernements qui pensaient mieux savoir que tout le monde ce qu’il était bon de faire.

Avec tout l’arrogance de la planification centralisée, le gouvernement chinois a négligé la complexité de la nature ainsi que celle des hommes.

Le régime maoïste par des redistributions massives de la production agricole vers la population citadine, par sa planification économique catastrophique et ses incitatifs destructeurs a annihilé en quelques années la production de son pays et causé la plus grande famine de l’histoire de l’Humanité.

Le résultat de cette politique fut 35 millions de morts soit, à titre comparatif, la moitié de la population française.

 

L’arrogance de l’économiste bureaucrate

 

En économie nous sommes souvent face à un problème de connaissance.

Chaque individu possède une connaissance très spécifique et subjective de son environnement et de ses besoins. Ce savoir lui sert à prendre des décisions et à évaluer l’utilité des biens et services.

Cette connaissance est impossible à agréger même avec une puissante bureaucratie et les meilleures équations des économistes

De plus, les meilleures réformes sont la plupart du temps incrémentales et toutes en douceur.

Les grandes campagnes qui cherchent à imposer des politiques à coup de bulldozer, ça ne marche que dans les livres !

Quand des standards homogènes sont imposés à la population, quand des directives générales et arbitraires tombent de haut en bas… il y a quantité d’effets secondaires et de dommages.

C’est ce qu’on appelle des effets pervers.

Et c’est malheureusement un problème récurrent en France qui est renforcé par une centralisation bien trop poussée des décisions avec des effets délétères sur les régions.

Un pouvoir sage sait reconnaître la force de son peuple et le laisser gérer ses affaires.

Il sait également fixer un cadre propice aux initiatives locales et au développement de solutions adaptées aux contraintes régionales.

La paix et la prospérité passent par une attitude humble envers l’économie des Hommes et l’ordre de la nature.

Nos gouvernants gagneraient à le reconnaître.

 

A votre bonne fortune

Frédéric Duval

 

 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_famine_en_Chine

https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/06/01/un-hebdomadaire-chinois-s-attaque-au-tabou-de-la-grande-famine_1711471_3216.html

http://www.revuenouvelle.be/Steles-La-Grande-Famine-en-Chine-1958-1961-de





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