OGM : Jusqu’où modifie-t-on la nature ? (2ème partie)

Mon premier article sur les OGM a suscité de très nombreuses réactions. J’ai été étonné de découvrir que ces réactions étaient globalement éclairées et constructives.

J’ai noté deux arguments pertinents « contre » les OGM : le problème de la monoculture et la question des brevets.

Je vais y répondre et aussi vous livrer les quelques « fake news » anti-OGM que je vous avais promises dans l’article précédent.

Le brevetage du vivant

 

Les polémiques autour du brevetage mériteraient un article à elles seuls.

Les problèmes que vous avez soulignés sur le monopole des grosses entreprises sur certaines graines sont significatifs :

  • Augmentation des prix
  • Frein sur les nouvelles recherches
  • Destruction des petites entreprises de semence
  • Stérilisation des semences
  • Réduction de la diversité des produits

Mais le problème s’inscrit avant tout dans le vaste débat sur la propriété intellectuelle.

Les recherches agricoles, sur le vivant, n’étaient pas sujettes au brevetage avant la fin du XIXe siècle. Plus précisément, elles ont véritablement pris de l’ampleur à la fin du XXe siècle.

La pomme Ariane ou la poire Williams avaient des créateurs (ou supposés) mais aucun brevet ne garantissait un monopole sur cette culture à une entreprise spécifique.

L’agriculture et même les recherches dans la chimie (médicaments, etc…) n’étaient pas couvertes par les brevets.

Pourtant la propriété intellectuelle était garantie en France dès 1791 !

En effet, la protection juridique des inventions était vouée à « tous les genres d’industries » et était relative « aux découvertes utiles et aux moyens d’en assurer la propriété aux auteurs. »

Cependant, les trouvailles en chimie et en agriculture ne sont, à cette époque, pas reconnues par le système légal !

Le législateur était d’accord de reconnaitre la propriété pour une machine, un roman ou un design de vêtement mais pas pour une nouvelle graine ou un nouveau médicament.

L’idée derrière, à cette époque, était que l’invention est issue de l’intelligence humaine, de son action propre, et mérite d’être reconnue comme le fruit de son libre-arbitre. La graine ou le mélange chimique, même si provoqué par la main de l’homme, vient de la nature (ou de Dieu) et ne peut être la propriété de l’homme.

Vous comprenez sans doute que cette idée est logiquement très discutable…

Les règles de la physique qui permettent à l’homme de réaliser une machine sont aussi naturelles que la génétique d’une plante. Finalement, quelle recherche ne dépend pas des caractéristiques de la nature ?

Personnellement je regrette qu’au lieu d’avoir étendu la propriété intellectuelle, on ne l’est pas plutôt réduite et remise en cause.

Mais il est souvent plus facile pour la politique d’étendre les privilèges plutôt que de les ôter.

La « propriété intellectuelle » est en réalité une fausse « propriété »

En effet, le principe de « propriété » est nécessaire pour un objet fini, comme gestion de la rareté.

C’est un principe économique reconnu : la reconnaissance de la propriété permet d’allouer les ressources de manière optimale.

Il en va tout autrement de la propriété dite « intellectuelle » qui impose une rareté sur quelque chose qui est infini (copier une idée ne vole de ressources à personne).

L’argument pour maintenir le système des brevets est qu’il est un privilège servant à encourager la recherche et le développement.

Cet argument est mis en doute par plusieurs auteurs car la recherche est souvent freinée par la nécessité de respecter de précédents brevets (car toute recherche est effectuée à partir de précédentes recherches).

Au final, le brevetage est effectivement un problème et mérite d’être limité (dans le temps par exemple) ou remis en question … mais c’est un problème global qui ne touche pas que les OGM mais bien tous les secteurs, y compris l’agriculture conventionnelle non-OGM.

Mono- et permaculture

 

Plusieurs m’ont fait part de l’existence de la permaculture pour contrer les problèmes liés à la monoculture intensive actuelle.

L’idée de la permaculture est d’utiliser les plantes elles-mêmes pour qu’elles se complètent et éviter ainsi l’utilisation d’insecticides et d’OGM voire même de désherber !

Utiliser nos connaissances de la nature pour faire pousser telle plante à côté de telle autre pour qu’elle fasse fuir telle mauvaise herbe ou insecte… ça me parait absolument génial !

Malheureusement mes connaissances sont limitées et je suppose que de nombreux agriculteurs s’y essaient. Pour l’instant, la permaculture à large échelle reste du domaine de l’hypothèse.

J’ignore si ce modèle sera celui de futur, mais si vous voulez d’autres informations, je vous conseille vivement de suivre les publications de Saine Abondance en vous abonnant gratuitement à leur incroyable newsletter (cliquez ici). C’est une excellente source d’informations sur le sujet.

 

L’hystérie des fausses nouvelles

 

S’il existe d’autres méthodes de production pour éviter d’utiliser les insecticides ou les OGM, il faut le démontrer par l’exemple. Malheureusement, certains s’amusent plus volontiers à peindre le diable sur la muraille et à mentir délibérément.

Il n’est pas acceptable de refuser des faits scientifiques avérés par pure idéologie ni d’inventer des histoires abracadabrantes pour effrayer les citoyens.

J’ai fait ici une petite compilation de fausses nouvelles que l’on peut trouver sur internet à propos des OGM :

Sur ce site,

cet auteur pense que les « bœufs OGM américains vont débarquer sur le marché européens ».

En réalité, le bœuf qu’il montre en photo est un Bleu Belge : race européenne très particulière à la musculature hypertrophiée. Rien d’OGM : un pur produit de l’agriculture traditionnelle par croisement !

Ça ne l’empêche pas d’être très handicapé par son physique et de ne pouvoir vêler que par césarienne.


On trouve aussi sur internet, des sites complotistes parlant d’une récente hécatombe de kangourous qui serait due à du blé OGM. Ils avancent le nombre de 21 millions d’animaux morts et nous font croire que les médias nous cachent cela volontairement.

En réalité la population des kangourous est en extension et le blé OGM est interdit en Australie…

Mais le plus gros scandale, c’est en 2012, quand tous les médias publient les rapports d’une découverte « scientifique » et vous montre des rats nourris au maïs OGM avec d’énormes tumeurs. C’est la fameuse « affaire Séralini » et vous avez sans doute vu ces photos :

L’étude n’était tout simplement pas validée par les pairs et a été même dénoncée à l’instant de sa publication par un nombre important de scientifiques dont certaines universités françaises.

Si la recherche a été décrédibilisée, les médias n’ont fait que peu de cas de la suite de cette affaire : le buzz avait été fait. Il est nettement moins intéressant de lire les rapports académiques que de publier des photos de rats cancéreux.

Si vous voulez lire une véritable recherche sur les effets du maïs OGM sur l’organisme, il faudrait plutôt se référer à ce papier publié dans Nature et validé par le monde académique.

 

L’hystérie : un business lucratif

 

S’il y a bien un comportement que j’abhorre c’est l’exploitation des bons sentiments et de la méconnaissance des gens. Car, pour beaucoup, la lutte anti-OGM est un business lucratif !

Je ne parle pas seulement des politiciens qui, comme toujours, ne font que suivre l’opinion majoritaire pour l’exploiter dans leur quête de votes.

Non, je parle d’associations qui prétendent défendre la nature et la science ! L’une d’elle, Greenpeace, s’est fait connaitre pour cela.

Ses positions et son dogmatisme anti-science ont même amené plus de 100 prix Nobel à dénoncer publiquement leurs campagnes anti-OGM.

Il ne s’agit pas ici de cracher sur cette association et la totalité de ses actions. Mais sur ce sujet particulier, elle a tourné le dos aux faits afin de gagner plus d’argent.

Un ancien militant de Greenpeace, Ludger Wess explique pourquoi il a quitté l’association en constatant ses positions anti-scientifiques :

« [A l’époque] Greenpeace était en fait ouverte à l’idée des aliments génétiquement modifiés. Ils ont dit : « S’il est vrai que les plantes deviennent résistantes aux insectes, alors c’est une bonne chose parce que nous utiliserons moins d’insecticides. Alors, on défendra ça. »

Après son retour d’une conférence scientifique sur le maïs génétiquement modifié en 1989, Wess est revenu chez Greenpeace:

“Je suis rentré, armé de toute une valise de documents, et après avoir beaucoup discuté avec des scientifiques, ils ont tous pu désamorcer mes soucis sur les OGM. Je n’étais plus convaincu que ce serait un danger pour la santé humaine. Je leur ai dit [à Greenpeace]: nous ne pouvons pas continuer à prétendre que les aliments génétiquement modifiés sont mauvais pour la santé humaine, ce n’est tout simplement pas vrai. On m’a dit que Greenpeace continuerait à défendre cette position car c’est seulement lorsque les gens craignaient pour leur santé ou celle de leurs enfants qu’ils ouvrent leur portefeuille pour effectuer des dons. Tout le reste, n’a pas d’intérêt pour nos campagnes.”

L’association écologiste est accusée de propager des fausses nouvelles sans liens avec l’état de la recherche scientifique et même de refuser toute publication académique qui ne va pas dans leur sens.

Précaution ou interdiction

 

Se refuser à manger des OGM par principe de précaution est compréhensible mais l’interdire me paraît une faute politique.

Les recherches dans ce domaine peuvent permettre de réduire la pollution, d’améliorer la vie des agriculteurs et de réduire les coûts de production… mais c’est surtout dans les pays pauvres que ces OGM peuvent sauver des vies.

L’association caritative Bill & Melinda Gates a reconnu les bénéfices des OGM pour permettre d’améliorer les cultures des pays pauvres. Le riz doré, inventé dans une université suisse, pourrait notamment permettre de supprimer les carences en vitamine A qui ravagent les continents africains et asiatiques.

On parle ici d’un à deux millions de morts, un demi-million de cas de cécité irréversibles et plusieurs millions de cas de xérophtalmie.

Dans certains contextes, interdire légalement les OGM est meurtrier.

Doit-on accepter de manger des OGM ?

 

Comme pour toute nouveauté, il est nécessaire de comprendre les risques d’un produit.

Les OGM comme pour tous les autres biens de consommation doivent obéir à des critères de sécurité.

Si l’homme n’avait pas manipulé la génétique de la nature depuis la nuit des temps, nous mangerions des baies minuscules, des légumes filandreux et aucun animal domestique n’existerait.

Imaginez le choc si nous présentions un caniche à un homme de la préhistoire. Ne croyez-vous pas qu’il serait également choqué par cet être « non-naturel » ?

Que cela soit fait manuellement ou avec le génie génétique moderne, les plantes qui servent l’humanité devraient être célébrées. Qui blâmerait aujourd’hui nos ancêtres d’avoir créé les fraises, les aubergines et les courges modernes ?

Cependant, si l’amélioration de l’agriculture a réduit drastiquement la faim dans le monde et amélioré la qualité de notre alimentation, elle a aussi créé d’autres défis que nous devons relever.

La question des brevets et de la prolifération de certaines plantes doit aussi être évoqué et des pistes doivent être trouvées.

Sur ce sujet, prudence et progrès sont les vertus cardinales. Méfions-nous des doctrinaires et remettons-nous en question.

 

 

Source :

https://journals.openedition.org/dht/392

http://www.slate.fr/story/105239/danger-ogm-pas-ou-vous-croyez

http://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/49301/bulletin_1992_70(2)_225-232.pdf;jsessionid=6ADAC25F7A6799228BC1D80E6B0C3DC6?sequence=1

 

 





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