Une autre gauche venue de l’Est

La semaine passée nous abordions le sujet d’une différence idéologique entre les pays de l’Est et les pays occidentaux au passé colonial.

J’ai habité pendant deux ans à Prague et j’aimerais vous parler d’une autre différence : celle entre la gauche et la droite selon les pays européens.

Dans le parlement de l’UE, les groupes sont constitués de partis de différentes nations aux réalités politiques très différentes malgré le fait qu’ils partagent des étiquettes communes (libéraux démocrates, socialistes, eurosceptiques, etc…).

Les médias ont tendance à associer ces partis comme s’ils avaient les mêmes tendances et la même idéologie.

Ces journalistes sont mal informés ou vous présentent les faits selon leur vision du monde.

Il y a par exemple une différence fondamentale entre un socialiste slovaque et un socialiste français comme il y a de grandes différences entre les partis eurosceptiques anglais et hongrois.

Pourtant, vous entendrez les journalistes mettre dans le même panier les partis eurosceptiques « de droite » tels que l’UKIP de Nigel Farage, le FN de Marine Le Pen ou l’AFD en Allemagne en considérant qu’il s’agit d’un même modèle, d’une même idée.

Pourtant, les raisons de leur euroscepticisme sont souvent très différentes. Là où Marine Le Pen parle d’une Union Européenne ultra-libérale qui dérégule les marchés, Nigel Farage parle d’une bureaucratie socialiste qui surréglemente les marchés. L’opposition idéologique est totale !

Pourquoi les médias associent Marine Le Pen à Nigel Farage, qui d’ailleurs ne s’apprécient pas ? Tout simplement car tous les deux critiquent l’Union Européenne et la perte d’autonomie des nations notamment en termes d’immigration : un même péché pour des journalistes largement du même bord idéologique.

Les deux « gauche » européennes

De la même manière, l’électorat peut être socialement très différent entre les partis. Là où les partis socialistes occidentaux récoltent leurs voix dans une population urbaine, relativement aisée, jeune et internationaliste, la gauche des pays de l’Est est souvent campagnarde, âgée et conservatrice.

Ces socialistes de l’Est sont souvent nostalgiques d’une ère communiste idéalisée. Ils sont souvent sceptiques envers les produits étrangers et les immigrés.

Prenez Miloš Zeman, président de la république tchèque : ancien communiste et « prévisionniste économique » de profession, un des initiateurs du parti social-démocrate après la révolution de Velours.

Si je vous disais qu’il est en faveur de la politique d’Israël, prône l’expulsion des palestiniens comme il a prôné l’expulsion des Sudètes, qu’il est en faveur d’une restriction forte de l’immigration et s’est montré extrêmement dur envers l’Islam, l’associerez-vous à un parti social-démocrate prônant l’économie sociale de marché ? Sans doute pas… pourtant c’est le cas.

Election présidentielle 2013. Milos Zeman, social-démocrate, est élu par la population rurale (rouge) au contraire des grandes villes Prague, Brno, Plzen et Liberec (en bleu).

L’exemple tchèque n’est pas exceptionnel. La division politique dans les pays de l’Est ou du centre est différente des pays occidentaux.

Vous pouvez par exemple constater ces différences en écoutant l’interview du président du parti communiste tchèque ici. Sa position sur l’immigration et sur le conflit israélo-palestinien est bien différente de nos communistes français !

La population citadine de l’Est est globalement en faveur du libre-marché, indépendantiste et anti-communiste. Elle vote plutôt pour des partis libéraux ou nationaux-libéraux (centre droite ou droite).

La population citadine de l’Ouest est également ouverte sur le monde mais prône une politique protectionniste et interventionniste. Elle vote plutôt pour des partis socialistes ou écologistes (gauche, extrême gauche).

Evidemment, ces réalités peuvent vite changer mais le fait est qu’il y a une différence importante entre nos pays et « qu’être de gauche » ne signifie pas la même chose qu’on soit tchèque ou français.

Mais penchons-nous sur un autre exemple : la Roumanie

La Roumanie : un pays attendant sa transition

Contrairement aux pays d’Europe centrale, la Roumanie n’a jamais réellement fait de transition nette avec le communisme. La « révolte » de 1989 contre le dictateur Nicolae Ceausescu, vendue à l’Occident comme une révolution, était en grande partie un coup monté par le parti communiste pour destituer leur propre dictateur.

Encore aujourd’hui, malgré quelques timides réformes, la Roumanie est terriblement corrompue et marquée par son ancien planisme économique socialiste.

Des barons locaux dirigent l’argent public arrivant dans leurs régions et maintiennent ainsi les gens sous leur contrôle.

Les liens de pouvoir et les structures politiques n’ont guère changés. Si le parti communiste a fini par être remplacé, les structures étatiques, malgré quelques réformes, restent identiques.

Durant ce mois d’août, de nombreux Roumains ont manifesté à Bucarest contre le gouvernement de gauche. Celui-ci a délibérément fait voter des lois pour restreindre le rôle de la justice et ses instances anti-corruption. Un exemple qui fait sourire : selon le nouveau code, l’acte de corruption sera considéré comme tel seulement s’il est commis pendant les heures de travail.

Autre fait intéressant : un référendum constitutionnel aura bientôt lieu pour inscrire le mariage comme étant strictement une institution entre un homme et une femme.

Cette initiative populaire conservatrice a récolté 3 millions de signatures ! Plus d’un Roumain sur sept a signé le texte !

Dans un logiciel occidental nous voyons cela comme une politique « de droite conservatrice ». Or ce sont les sociaux-démocrates accompagnés de l’église orthodoxe qui supportent le texte alors que la majorité de la droite le rejette.

Les socialistes roumains n’ont jamais accepté cette mode occidentale de la séparation des pouvoirs et de la limitation de l’Etat pas plus qu’ils n’acceptent le libre-marché et l’ouverture des frontières.

Nous avons donc des socialistes conservateurs roumains très différents des occidentaux, autant dans les thèmes politiques que dans leur conflit avec la droite.

Ce dernier exemple vous fait comprendre à quel point le parlement européen est idéologiquement incompréhensible : on regroupe des partis nationaux possédant des mêmes étiquettes mais avec des mentalités politiques complètement différentes.

Avec le Vaillant Petit Economiste, nous montrons des exemples de questions politiques qui divisent l’Europe.

Bien souvent, l’omission d’information vient d’une volonté de conserver certaines illusions idéologiques (ici : l’unité européenne).

Faites-moi part de vos commentaires dans les commentaires ou sur Facebook.

Frédéric Duval
Le Vaillant Petit Economiste

Source :

Pendant ce temps en Roumanie… (II) – un pays en quête d’authenticité

Une radiographie historique et politique de la Roumanie centenaire – la guerre civile en héritage





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